Etape: Guyane française

Bonne lecture!

25 févr. 09

Guyane - Excursion sur l'Oyapock: Trois Sauts

Départ de Vila Brazil le lendemain matin et c'est parti pour 9 heures de pirogue afin d' arriver à Trois Sauts, village le plus reculé de la Guyane. 9 heures: un trajet Camopi-Trois Sauts ou un vol Paris-Cayenne moins cher que le trajet en pirogue. Étonnante comparaison. 9 heures d'aventures, tant dans ma pensée que sur le terrain...oui,9 heures durant lesquelles je m'aventure à imaginer - et espérer - voir un anaconda sur une rive, découvrir et continuer à voir ces oiseaux multicolorés et de genres variés, penser à cette Guyane envoutante, à finaliser mon projet guyanais, à profiter, tout simplement. Au final, 9 heures, un léger mal de fesses, un décor somme toute peu variable mais qui me plait, et une faible quantité d'espèces observées: quelques tortues et une dizaine d'espèces d'oiseaux. 9 heures de joie, malgré la pluie équatoriale qui s'abat sur nous en fin de parcours, malgré notre obligation de tous sauter dans l'eau - à hauteur des cuisses - pour pousser la pirogue au niveau d'un saut. En Guyane, le terrain, c'est ça.

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La Guyane offre plus d'aventures que le dernier Indiana Jones dans le vol Paris-Cayenne!

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Arrivée à la tombée de la nuit, trempé...tout le village vient vers nous...l'arrivée de tant de personnes , dont le maire, est particulièrement rare à Trois Sauts, "loin de tout" et protégé par arrêté préfectoral.   

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L'équipe s'installe dans le carbet du village, je pose le hamac, et après un repas frugal, une nuit réparatrice s'offre à moi.

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Le lendemain, passage à l'action avec notamment une réunion qui restera dans ma mémoire probablement à vie. Une première grosse réunion durant laquelle je représentais mon service, et durant laquelle je dus m'exprimer devant une quarantaine de personnes, dont 20 amérindiens du village qui écoutaient et traduisaient avec attention mes paroles. Pfiou, je ne m'attendais pas à cela ! Et comme me l'a dit un habitant du village, j'étais blanc, puis rouge, puis blanc :). Un moment mémorable...La journée fut consacrée au travail. Certaines discussions furent très intéressantes, et certaines rencontres étonnantes, tant avec les amérindiens qu'avec le personnel enseignant. Voilà un aperçu du lieu de vie. Une famille nous a offert une cassave, à savoir une galette cuite de manioc. L'abattis (culture sur brûlis familiale)  photographié est justement planté de manioc.

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Une petite recherche internet m'apprend que le manioc, cet arbuste vivace, est originaire d'Amérique du Sud et en particulier du plateau des Guyanes. Il est toutefois largement cultivé et récolté comme plante annuelle dans les régions tropicales et subtropicales. On consomme généralement ses racines tubérifiées riches en amidon, mais aussi ses feuilles en Afrique, Asie et dans le nord du Brésil. Le couac, que j'avais découvert sur le Maroni, est une forme de farine - ressemblant plutôt à  une semoule sèche plus ou moins grossière de couleur allant du jaune vif au gris en passant par le blanc - et tient une place culturelle importante ici, en Guyane. Une visite des différents sites du village nous permet ensuite d'arriver au niveau des sauts qui lui donnent son nom. Une petite plage féérique permet à tout le monde de profiter de l'eau, qui plus est non polluée: la région de Trois Sauts n'est pas aurifère. Vous pouvez voir la tenue vestimentaire des amérindiens de Guyane, le kalimbe. L'enseignant au premier plan l'a adopté. 

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La journée s'achève et un petite diagnostic animalier du carbet peut être fait. Mis à part les chauves-souris, qui posent un réel problème d'hygiène dans les habitations (le guano engendre des problèmes de santé), mis à part les nombreux serpents que craignent toute la population - il y a une fréquence d'une morsure tous les trois mois au sein du village - quels sont les animaux observables au sein même du carbet ? Tout d'abord, cette espèce d'araignée qui peut faire mal, mais qui n'est pas à priori pas dangereuse...précision importante, vu le nombre relativement présent dans le carbet.

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Puis une copine des guyanais, la Matoutou, une grosse araignée mais petite mygale assez commune autour des habitations, y compris sur le littoral, et qui est inoffensive...le bout de ses pattes est d'un joli orange. D'un autre point de vue, signalons aussi les nombreuses volailles qui se rencontrent sur tout le village et sont un aliment de base des locaux. Je gouterai un morceau de poulet fumé et boucané sur le chemin du retour: un vrai délice.   

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Et gardons le meilleur pour la fin avec ce beau scorpion à la piqure douloureuse mais non mortelle d'après une discussion que j'ai eue. La rencontre la plus dangereuse de la semaine, surtout pour lui...

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Cette journée étonnante, je la prolonge pendant une bonne partie de la nuit en restant immobile dans mon hamac, guettant les sons et humant les odeurs d'une Amazonie en pleine action, profitant de ce moment fort. Le lendemain, réveil en douceur et retour sur Camopi, avec un peu de pluie. Petit arrêt autour d'un carbet, pour manger et prélever les nombreux piments de quelques arbustes. Ananas , bananes rouges et noix de cajou sont aussi au rendez-vous.

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La descente vers Camopi continue. Arrêt soudain. Un iguane est repéré par le maire de la commune et piroguier en l'occasion. Un potentiel repas que seul lui et son compère amérindien descelleront, au milieu des lianes...demi-tour et tentative de le tirer. Échec du tir, mais pas de la prise...de vue. Voilà une petite vidéo fort sympathique, avec l'ambiance assurée par les perroquets invisibles au milieu de la canopée brésilienne!   

(Vidéo à venir) 

Ce genre de missions de terrain, ce contexte démographique et territorial, cette pluriculturalité très prononcée en Guyane rendent ce domaine de travail, les constructions scolaires, passionnant. Mon pouvoir de décision est limité, je fais de mon mieux pour faire avancer les projets et donne mes points de vue, meme si je ne signe pas. Les questions de fonds posées, l'énormité des besoins en constructions, les enjeux pour la jeunesse guyanaise: tout cela n'est pas un jeu...d'enfants.

Posté par EMANUELO à 00:18 - VIE ACTUELLE EN GUYANE - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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20 févr. 09

Guyane - Excursion sur l'Oyapock: Camopi

"Après cela, tu pourras dire que tu es allé au fin fond de la Guyane !" C'est en ces mots que mon chef créole résumait cette mission de 5 jours sur le fleuve Oyapock, de Saint-Georges à Trois Sauts en passant par Camopi et son opposée, Vila Brasil.

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Bien sur, mes tâches étaient nombreuses et je n'étais pas là pour faire du tourisme! Mais il est vrai qu'en ce lundi 2 février, c'est le cœur joyeux que je rejoins une équipe de professionnels et m'en vais pour une excursion qui s'avérera mémorable. Le trajet de Cayenne à Saint-Georges peut paraître long et monotone...mais des divertissements existent. Typiquement: compter le nombre de voitures abandonnées aux mains des garimpeiros, ces clandestins brésiliens à la recherche d'or dans la jungle amazonienne, et particulièrement en Guyane...Cette route, relativement dangereuse la nuit en terme de sécurité, a vu l'installation d'un poste de contrôle de manière à baisser le nombre de braquages. Lors de mon aller-retour au Brésil pour le nouvel an, j'avais comptabilisé 52 voitures...les éclats de balle sur l'express du milieu font froid dans le dos, peut-être ont ils été tirés après-coup ?

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Arrivée à Saint-Georges, petite commune que j'apprécie particulièrement pour son ambiance calme et latina. Je n'y vivrais probablement pas, mais c'est une commune à voir en Guyane, selon moi. Comme dans la majorité des autres communes, il existe un certain nombre de chiens abandonnés et/ou errants en Guyane. En plus du danger de morsures, ils posent un problème particulier lors de la ponte des tortues luth sur certaines plages guyanaises...et puis un cas de rage a été diagnostiqué assez récemment sur le territoire, donc restons prudents ! Petit problème dans la gestion des déchets ici, semble t'il ?

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J'arrive avec l'équipe au point de départ de l'excursion, saut maripa, considéré par certains comme le plus beau des sauts (rapides) de Guyane. C'est parti pour plusieurs heures de pirogue. L'Oyapock est le deuxième fleuve de Guyane par son importance et fait 370 km de longueur. Beaucoup moins habitées que celles du Maroni, les rives restent ainsi davantage sauvages...Pour information, ce ne sont pas des Heineken dans le carton!

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   Quelques petits villages, souvent dépendant de l'orpaillage, existent tout de même sur la rive brésilienne.

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Après quelques heures de trajet, arrivée en début de soirée à Camopi, découverte du village, réunion de travail et départ pour l'autre rive, Vila-Brasil, un village ou réside une cinquantaine de résidents permanents. Ce site explique que "tout n'y est que commerce: bars-dancings, épiceries, menuiseries, restaurants...il a dans un premier temps été construit pour alimenter les sites d'orpaillages en matériel, carburant et nourriture", et il profite maintenant de l'argent dépensé par les amérindiens (RMI et allocations familiales). Ainsi, ici, on paye en reis, en euros, ou en or. L'orpaillage clandestin, sujet que je traiterai dans ce blog, n'est pas une mince affaire...En tout cas, belle maison d'hôte et accueil très sympa du couple de brésiliens qui le tient. Quant à la vue, no comment !

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Averse au cœur de l'Amazonie guyanaise

Que dire de Camopi ? Ce village isolé, ou les conditions de vie ne sont pas faciles, surtout pour les métropolitains mal préparés et qui idéalisent l'idée d'aller enseigner en pays amérindien, ne laisse pas indifférent. Certaines personnes, comme ce directeur d'école (la photo n'est pas celle du directeur) au sacré parcours, y sont depuis plusieurs années, et se battent remarquablement pour l'éducation de ces populations amérindiennes. Des populations dont le mode de vie sont en évolution, entre autres, selon cette étude, à la politique d'assistance développée, qui a artificiellement développé des besoins et intensifié la situation de dépendance. Certaines sequelles sont là: alcoolisme croissant, fréquence exceptionnelle de suicides et violences de plus en plus fréquentes.

L'argent. Parlons en en prenant le cas de Trois Sauts, commune la plus reculée de Guyane, dont je parlerai dans le prochain article. Il y a donc été introduit par une politique d'assistance dont tout citoyen français à droit: RMI et allocations familiales. Une discussion très intéressante avec le directeur de l'école du village explique cette évolution qu'il voit. Il y a encore dix ans, les amérindiens ne cherchaient à descendre à Saint Georges qu'une fois par an...depuis, l'argent est arrivé dans leur vie, et il est fréquent qu'ils descendent l'Oyapock une fois tous les deux mois, notamment pour utiliser leur revenue d'insertion minimum d'un coup en achetant un ensemble de produits...Ils ne maîtrisent pas bien la valeur de leurs achats, et vous imaginez bien qu'il est très facile pour un commerçant de Vila Brasil ou Saint-Georges de les entuber...Leur  système économique est basé sur le troc. Arrive l'argent, certains l'aiment, d'autres pas.

Il serait déplacé de ma part, jeune occidental à la vie très confortable, de donner un avis la-dessus. Mais vous imaginez les questions de fonds que cela pose, par exemple dans le cas de l'Education Nationale. Plus de 2000 enfants ne sont pas scolarisés en Guyane, (d'après le quotidien France-Guyane d'aujourd'hui) certains viennent de ces communes. Ces amérindiens, qui m'ont mis une énorme claque en terme de personnalité et d'accueil, sont eux aussi, dans une autre mesure, confrontés à ce large phénomène de mondialisation, et d'occidentalisation. Chacun d'entre eux fera ses choix de vie, mais dans ce contexte, il semble important, selon les enseignants de Trois Sauts, que tous puissent avoir des bonnes bases de mathématiques et français. Ce contexte, à priori étonnant, n'est pas rare ici.  Un chiffre que je tire du diagnostic territorial du PO FEDER: l'illettrisme concerne 40% de la population guyanaise. Imaginez aussi qu'Internet arrive au sein des villages amérindiens. Ce progrès technologique et cette nouvelle vision du monde pourrait avoir un bon effet, mais peut aussi être très déstabilisant. Je vous invite à lire cet article, écrit par un enseignant de Camopi, qui y explique son rôle, et la vie de tout les jours, avec  en bonus quelques photos. En effet, nous sommes en zone protégée, et l'accès à Camopi et Trois Sauts nécessite une autorisation préfectorale. Je me permets d'afficher cette photo du village,  cela ne pose pas de problème, et je mettrai une ou deux photos d'habitants de loin, mais par contre, pas de portraits, encore moins de jeunes...

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Posté par EMANUELO à 20:30 - VIE ACTUELLE EN GUYANE - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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